Expansion - récession : le ver dans le fruit
La crise financière est grave
envoyé par tichthay
Quand le capitalisme perd la tête
Au cours des folles années 1990, la croissance atteignit des taux qu'on n'avait jamais vus en une génération. Experts et journalistes proclamèrent l'avènement d'une "nouvelle économie" : les récessions appartenaient à un passé révolu, la mondialisation allait apporter la prospérité à toute la planète. Puis,à la fin de la décennie, ce que l'on avait pris pour l'aube d'une ère nouvelle se mit à ressembler de plus en plus à l'une de ces brèves poussées d'activité, ou d'hyperactivité, inévitablement suivies par une chute brutale, qui caractérisent le capitalisme depuis deux cents ans. A ceci près que, cette fois, la bulle avait été plus grosse, tant dans l'économie qu'à la Bourse, et que ses conséquences l'étaient aussi : puisque l'ère nouvelle n'avait pas été un phénomène uniquement américain mais planétaire, la récession qui la suivait touchait non seulement les Etats-Unis mais aussi bien d'autres régions du monde.
Ce n'est pas ainsi que les choses étaient censées se passer. Avec la fin de la guerre froide, les Etats-Unis étaient devenus la seule superpuissance et l'économie de marché avait vaincu le socialisme. Le monde n'était plus divisé sur des bases idéologiques. C'était, sinon la fin de l'histoire du moins le début d'une nouvelle époque. Chacun en était bien persuadé. Et, pendant quelques années, on put en avoir l'impression.
Le capitalisme avait triomphé du communisme, mais il y avait plus. Sa version américaine, fondée sur l'individualisme pur et dur, l'avait apparemment emporté sur d'autres conceptions plus édulcorées, moins tranchées, de ce système économique. Dans les sommets internationaux - ceux du G7, par exemple, qui réunissaient les dirigeants des pays avancés -, nous nous vantions de nos succès, et prêchions la bonne parole aux ministres de l'Economie des autres Etats, qui parfois nous regardaient avec envie : il leur suffisait de nous imiter, et eux aussi jouiraient d'une prospérité comme la nôtre ! Nous disions aux Asiatiques d'oublier le modèle qui leur réussissait si bien depuis vingt ans, et qui comportait la sécurité de l'emploi à vie. Ce système avait créé de nouvelles méthodes de production que nous avions reprises, comme le juste-à-temps, mais désormais il vacillait. Quant à la Suède et aux autres adeptes de l'Etat social, eux aussi paraissaient abandonner leur méthode : ils réduisaient les prestations, baissaient les taux d'imposition. Partout, le mot d'ordre était : moins d'état. Et nous proclamions le triomphe de la mondialisation. Avec elle, le capitalisme à l'américaine allait s'étendre au monde entier.
Chacun bénéficier de ce nouvel ordre mondial, de cette economia americana où tout était sans précédent : les flux de capitaux du monde développé vers le monde en développement (ils ont sextuplé en six ans), les échanges commerciaux (ils ont augmenté de plus 90% au cours de la décennie), la croissance. On espérait bien que ce commerce, ces capitaux allaient créer des emplois et stimuler le développement.
Au coeur du capitalisme américain moderne, il y avait ce qu'on avait baptisé la "nouvelle économie", symbolisé par ces sociétés point-com qui révolutionnaient la façon dont l'Amérique et le monde faisaient des affaires. Le rythme du progrès technologique lui-même en était modifié, et le taux de croissance de la productivité, propulsé à des niveaux jamais atteints depuis un quart de siècle oudavantage.[...]
C'est à l'étranger, en Asie, que ce sont apparus les premiers signaux d'alarme - les crises coréenne, indonésienne et thaïlandaise en 1997. Puis il y eut la russe en 1998, et la brésilienne en 1999. Mais c'est aux Etats-Unis, à Seattle, en décembre 1999, que la protestation contre la mondialisation a éclaté dans toute sa force. La mondialisation profitait à tous, améliorait la vie de tous ? Il est clair que beaucoup de gens ne s'en étaient pas aperçus ![...]
Le nouveau millénaire n'avait que quatre mois quand on vit apparaitre le premier symptôme d'un dysfonctionnement aux Etats-Unis mêmes : l'effondrement des actions technologiques. Le millénaire s'était ouvert tout autrement : la Bourse, thermomètre ultime de l'économie, battait alors tous ses records; l'indice composite du NASDAQ, qui regroupe la plupart des valeurs technologiques, avait grimpé de 500 en avril 1991 à 1000 en juillet 1995, et franchi le cap des 2000 en juillet 1998 pour plafonner à 5 132 en mars 2000 ! Le boom de la Bourse renforçait la confiance des consommateurs. Elle aussi avait atteint de nouveaux sommets et stimulait puissamment l'investissement, en particulier dans deux secteurs en plein essor : les télécommunications et les technologies de pointe.
On se doutait peu que ces chiffres étaient trop beaux pour être vrais. Les années suivantes le confirmèrent : la Bourse battit de nouveaux recors - à la baisse. En deux an, sur la valeur des seules entreprises cotées aux Etats-unis, 8500 milliars de dollards s'évaporèrent : plus que le revenu annuel de n'importe quel pays, les Etats-UNis eux-mêmes exceptés. Une compagnie AOL-Time Warner, passa par pertes et profits 100 milliard de dollars. Sans parler de pouvoir les perdre en continuant à exister !
Après l'éclatement de la bulle des actions technologiques, la dynamique de l'économie réelle ne tarda pas à s'inverser, et les Etats-Unis connurent leur première récession depuis dix ans. On vit bien que la nouvelle économie n'avait pas mis fin au cycle des affaires. Si l'expansion avait été plus magnifique que la plupart de celles de l'après-guerre, la récession fut plus terrible.[...]
Dans la nouvelle année du nouveau millénaire, d'autres record ont été battus. Mais, pour ceux-là, il n'y a pas de quoi pavoiser. Enron a été la plus grande faillite de tous les temps - jusqu'à celle de WorldCom en juillet 2002. Les cours de la Bourse sont tombés plus bas et plus vite qu'ils ne l'avaient fait depuis longtemps : le Standart & Poor's 500, qui constitue leur meilleure mesure générale, a connu sa pire année depuis un quart de siècle. Tout au long des années 1990, les Américains, confiants, avaient placé leur épargne dans les titres des entreprises; et coici qu'avec leur dévalorisation de 8500 milliards de dollards à la Bourse un tier de la valeur des comptes de retraite individuel des Etats-Unis, IRA et 401(k), s'était volatilisée aussi. Malgrès la flambée des prix de l'immobilier - boom précaire, qui n'est pas nécessairement de bon augure pour l'avenir -, le troisième trimestre 2002, à lui seul, a vu plus de 1600 milliards de dollars disparaître des bilans financiers des ménages. Des gens qui ont travillé toute leur vie se sont réveillés, un matin en découvrant que les calculs qu'ils avaient faits pour leur retraite ne tenaient plus.
[...]
Avant que l'économie américaine parvienne à se relever de la récession, le pays a été secoué par les pires scandales qu'il ait jamais connus depuis plus de soixante-dix ans. Ils ont abattu des firmes puissantes, comme Enron et Arthur Andersen, et touché la quasi-totalité des grandes institutions financières. Il est apparu peu à peu que ces problèmes ne se limitaient pas aux télécommunications, ni à la technologie de pointe; ils se manifestaient aussi dans la santé, et même dans un secteur apparemment aussi terne que les produits d'épicerie.....
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